La réduction du temps de travail : un choix de société !

Jean-christophe Giuliani

La légitimité de l’autorité d’une élite ne repose pas exclusivement sur l’emploi de la force et d’un système idéologique, mais sur le contrôle du temps. Dans l’essai « Temps et ordre social », Roger Sue présente le temps comme un instrument d’organisation qui met en évidence les rapports de hiérarchie entre les différentes activités et catégories sociales. Avec les temps sociaux[1], le temps n’apparaît plus comme un simple repère chronologique, mais comme le reflet d’une dynamique sociale. Même si les temps sociaux donnent une approche réductrice et simplifiée de la réalité d’une organisation sociale, les activités qu’ils valorisent nous renseignent sur le système de valeurs et de hiérarchie d’une société. Étant donné que toutes les sociétés se caractérisent par un certain agencement du temps, la modification de cet agencement est le signe d’un changement de mode de vie, d’une transformation sociale, du passage d’un modèle de société à un autre et donc, d’un changement de société. Cette mutation sociale intervient lorsqu’un temps social dominant est remplacé par un temps social émergent, qui à son tour devient dominant. L’étude des temps sociaux apparaît donc comme une grille de lecture de la dynamique des changements sociaux et de l’évolution des civilisations.

Lire la suite

Pourquoi le travail contribue-t-il à notre « servitude volontaire »

Jean-Christophe Giuliani

En France et dans l’ensemble des pays industrialisés, la légitimité de l’autorité et du pouvoir de l’élite économique repose sur le « mode avoir ». En exerçant des fonctions prestigieuses, en accumulant toujours plus de richesses financières et de biens matériels et en exhibant sa consommation ostentatoire, l’élite se démarque de la masse, affirme sa réussite et nourrit l’estime qu’elle a d’elle-même. Pour se maintenir au sommet de la hiérarchie, elle a besoin de la complicité d’une chaîne ininterrompue d’hommes et de femmes à son service. Étant donné que l’autorité de cette soi-disant élite repose sur l’adhésion active ou passive des cadres et des classes moyennes, il suffirait qu’ils renoncent à soutenir l’édifice social en place pour que celui-ci s’écroule.

                 

Dans l’optique d’une réflexion sur les conditions d’un changement de mode de vie individuel et collectif, il m’apparaît donc important de comprendre comment les cadres et les classes moyennes, qui sont pour la plupart instruits, cultivés et formés, acceptent d’abandonner leur liberté sans y être contraints par la force. Sous l’ancien régime, la religion et la superstition étaient les auxiliaires de l’autorité de la monarchie. En remplaçant la religion par le « mode avoir », la bourgeoisie (ou l’élite économique) a transformé son aliénation à la réussite financière, professionnelle et matérielle en raison d’être de la société. L’activité professionnelle apparaît donc comme l’un des instruments qui permettent d’obtenir la « servitude volontaire » des cadres et des classes moyennes.

Lire la suite

Historique de la régulation et de la dérégulation des prix

Jean-Christophe Giuliani

Ayant une origine biblique, la régulation des prix des grains est inscrite dans la loi depuis l’apparition de notre civilisation. Dans le livre « La vie chère et le mouvement social sous la terreur », l’historien Albert Mathiez a fait remarquer que « Nos ancêtres ont vécu pendant des siècles dans la crainte obsédante de la disette. Assurer la subsistance du peuple était alors le premier devoir des gouvernants. »[1] Le premier devoir d’un Roi ou d’un gouvernant est de garantir la subsistance du peuple. Le Roi était lié au peuple par un contrat implicite : le peuple obéit tant que le Roi assure la subsistance. Si le Roi ne remplit plus son devoir, le peuple n’est plus tenu de lui obéir. Étant nécessaires à la subsistance, les grains n’étaient pas une marchandise comme les autres.

Lire la suite

Les enjeux du temps sur le plan individuel et collectif

Jean-Christophe Giuliani

Les conditions du changement de mode de vie des cadres et des classes moyennes sont de satisfaire autrement leurs besoins d’estime et de réalisation. L’individu et le temps étant étroitement liés dans l’action qui se vit au présent, pour satisfaire autrement ces besoins, ils doivent disposer de temps. En effet, il est impossible de consacrer du temps à une action (chasser, travailler, écrire, etc.), à une relation (professionnelle, familiale, amoureuse sociale, politique, etc.) ou à une discussion (football, politique, philosophique, intime, etc.) sans être présent physiquement et mentalement. Pour se nourrir, un individu doit consommer du temps pour chasser, cultiver ou exercer un emploi en échange d’un salaire. En vendant son temps, il en perd la propriété, et donc, la liberté d’en faire un usage personnel. Le temps étant omniprésent, dans l’optique d’une réflexion sur les conditions d’un changement de mode de vie, il apparaît donc indispensable de prendre en compte les enjeux du temps sur le plan individuel et collectif.

Lire la suite

Quelles sont les causes et conséquences des gains de productivité ?

Jean-Christophe Giuliani

Les gains de productivité et le partage de ces gains sont des enjeux économiques, politiques et sociaux majeurs. Afin de mieux appréhender ces enjeux, nous aborderons les causes, les modes de calcul et les conséquences des gains de productivité.

La production des BMW : Il n’y à pratiquement plus de salariés

Lire la suite

Causes et conséquences du chômage !

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise dont la conséquence directe est la hausse du chômage. Depuis 1974, tous les gouvernements français qui se sont succédé au pouvoir ont tenté de lutter contre la hausse de ce fléau politique, économique et social. Avant de proposer des solutions pour en finir définitivement avec le chômage, il apparaît pertinent de commencer par en étudier les causes et les conséquences. Dans le premier chapitre, nous commencerons par quantifier le nombre de demandeurs d’emploi et d’actifs sans emploi. Ensuite, dans le second chapitre, nous aborderons les conséquences économiques, politiques et sociales du chômage. Dans le troisième chapitre, nous tenterons de déterminer si c’est la faiblesse du taux de croissance du PIB ou les gains de productivité qui sont responsables de la hausse du chômage.

Lire la suite

Le phénomène des « emplois bidons »

Article de David Graeber initialement publié en anglais sur Strike Magazine.

Dans une société où les poètes se métamorphosent en avocats d’affaires pour assurer les besoins matériels de leur famille et où l’inutilité de la plupart des emplois est criante au point d’être admise par ceux qui les occupent. L’anthropologue David Graeber revient sur les contradictions de la vision actuelle du travail.

Lire la suite

Perspective économique pour nos petits enfants

John Maynard Keynes : Extrait de l’essai, « Traité de persuasion », de 1931

I

Nous souffrons actuellement d’une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d’entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l’amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu’aug­menter dans la décade qui commence.

Lire la suite