Quelles sont les conséquences du chômage ?

Le chômage de masse est un fléau économique, politique et social qui concerne désormais toutes les catégories socioprofessionnelles (employés, ouvriers et cadres). Ces conséquences sociales directes et indirectes concernent les demandeurs d’emploi et les salariés en poste qui ont peur de perdre leur emploi. Les surcoûts financiers générés par le chômage et la peur du chômage contribuent à creuser le déficit budgétaire et donc, la dette publique de l’État.

Quelles sont les conséquences sociales du chômage ?

La hausse du chômage de masse à des conséquences directes et indirectes. Les conséquences directes sont l’endettement des ménages, la rupture des liens sociaux et la perte de santé des demandeurs d’emploi. Les conséquences indirectes sont la hausse de la délinquance et l’insécurité des salariés en poste.

  • Quelles sont les conséquences directes du chômage ?

La première conséquence du chômage est la perte du pouvoir d’achat et l’endettement des ménages. Le salarié qui se retrouve au chômage perd 25 % de son revenu qui décroît en fonction de sa durée. En fin de droit, le chômeur ne perçoit plus que le RSA (revenue de solidarité active). Si le ménage avait souscrit un emprunt immobilier et de nombreux crédits à la consommation, cette perte de revenu peut conduire au surendettement. La cessation de payement des traites déclenche une procédure de recouvrement, la saisie des biens et à terme, l’expulsion.

La seconde est la perte du lien social. L’entreprise étant le principal lieu de socialisation du salarié, la perte d’un emploi s’accompagne de la perte du réseau et des liens professionnels qui permettent la satisfaction du besoin d’appartenance. Le statut de chômeur étant dévalorisé, il influence profondément l’image et l’estime que l’individu a de lui. Malgré le temps libre dont il dispose, le chômeur ne se sent pas digne d’en profiter pour expérimenter de nouvelles activités qui lui permettraient de créer de nouveaux liens sociaux. La honte qu’il ressent l’incite à s’isoler de sa famille et de ses amis. En se repliant sur lui, le chômeur perturbe l’équilibre de sa vie de famille. En 1987, Serge Paugam faisait apparaître que 43,5 % des hommes au chômage depuis 2 ans avaient vécu une rupture conjugale, contre 18,9 % pour ceux qui étaient actifs[1]. Pour toutes ces raisons, le chômage de longue durée apparaît comme l’une des principales causes de l’exclusion sociale.

La troisième concerne la santé physique et psychique du chômeur. L’identité, le statut social et le sens de la vie d’un individu étant étroitement liés à la pratique quotidienne d’une activité professionnelle, le chômage de longue durée risque de provoquer un effondrement de sa personnalité et de son équilibre psychique. Ne disposant plus de repères temporels pour structurer son emploi du temps et le rythme de sa vie, le chômeur est confronté au désœuvrement, à l’angoisse et au vide existentiel. En se prolongeant, ce climat stressant et anxiogène peut provoquer des maladies plus ou moins graves, telles que l’insomnie, la dépression, le cancer, etc., et parfois, conduire au suicide. Une étude de 1997 a montré qu’une hausse brutale de 3 % du taux de chômage pouvait provoquer une hausse du taux de suicide de 4,4 %[2]. Étant davantage soumis aux maladies cardio-vasculaires et rénales (+50 %), le taux de mortalité d’un chômeur augmente en moyenne de 75 %[3] par rapport à celui d’un actif. Michel Lagrave[4] cite une étude britannique qui affirme qu’une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans provoque 50 mille décès et 60 mille cas de maladies mentales supplémentaires. Ces conséquences incitent davantage les chômeurs à retrouver rapidement un emploi qu’à profiter des allocations chômages et du temps libre.

Après avoir présenté les conséquences directes du chômage, il est nécessaire de présenter celles qui sont indirectes.

  • Quelles sont les conséquences indirectes du chômage ?

La première conséquence indirecte concerne la hausse de la délinquance et de la criminalité. Étant confrontés à la difficulté de trouver un emploi, les jeunes issus de milieux défavorisés peuvent facilement basculer dans la délinquance. En effet, la plupart des condamnés pour vols, trafics ou violences cumulent la précarité et l’exclusion sociale dues au chômage. Des études montrent la corrélation entre la hausse du chômage et de la délinquance. Aux États-Unis, une étude a démontré qu’une hausse de 10 % de chômage provoque une hausse de 4 % des arrestations, de 6 % des incarcérations, de 3,4 % des crimes économiques et de 0,8 % des crimes violents. Une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans est à l’origine de 14 mille condamnations pénales supplémentaires[5]. Le chômage étant la principale cause de la délinquance, au lieu d’augmenter le nombre de prisons, les pouvoirs publics devraient plutôt enrayer la hausse du chômage.

La seconde concerne l’impact du chômage sur les salariés en poste. Il n’y a pas que les chômeurs qui sont concernés par la hausse du chômage. Il concerne également tous les salariés qui ont « la chance d’avoir un emploi ». La hausse du chômage entretient un climat d’insécurité dans l’esprit des salariés du privé qui ont peur de perdre leurs emplois et de se retrouver en situation de précarité et d’exclusion sociale. Pour éviter de se retrouver au chômage, en fonction de son niveau hiérarchique, le salarié peut utiliser de multiples stratégies : se soumettre aux ordres, contribuer au « sale boulot »[6], accepter la dégradation de ses conditions de travail et l’intensification de son rythme de travail, rentrer en compétition avec ses collègues et ne pas s’impliquer dans des revendications sociales collectives. La peur du chômage empêche les mouvements sociaux de se mobiliser pour lutter contre la dégradation des conditions de travail : la stagnation des salaires, la hausse de la flexibilité, la réforme du Code du travail, la casse du système social, etc. Ce comportement de soumission provoque un état de stress qui a des répercussions sur la santé physique et psychique des salariés et la performance économique des entreprises. L’Union européenne estime que le coût du stress au travail à 20 milliards €. Les coûts liés à l’absentéisme et au stress représentent 10 % du PIB du Royaume-Uni. Aux États-Unis, l’absentéisme lié au stress[7] est responsable de plus de la moitié des 550 millions d’heures de travail perdues dans le secteur privé. De plus en plus de salariés sont sujets à des états anormaux d’agitation et d’angoisse, accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée.

Ces symptômes sont révélateurs d’un malaise social profond qui concerne toutes les catégories sociales professionnelles (cadres, employés et ouvriers). En France, de 1985 à 1993, les files d’attente en psychiatrie adulte ont augmenté de 13 %. En 2000, les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisaient apparaître que plus de 3 millions de Français souffraient de troubles psychiques, soit 6 % de la population. Les principaux troubles sont la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, l’alcoolisme, la toxicomanie et l’addiction (consommation, jeux, sexe, travail, etc.). L’augmentation de la consommation d’antidépresseurs et de maladies psychosomatiques liées à la souffrance au travail permet à l’industrie pharmaceutique et de la santé de générer d’énormes profits. En 2004, l’organisation internationale du travail (OIT) signale que les coûts liés aux problèmes de santé mentale au travail représentaient 3 % du PIB. Ce processus contribue à approfondir le déficit de la caisse d’assurance maladie. Au lieu d’attribuer son déficit à la mauvaise gestion de l’État, il apparaît plus pertinent d’en attribuer la responsabilité à la hausse des troubles physiques et psychiques liés au chômage et à la peur du chômage. Le meilleur moyen de réduire le déficit de cette caisse n’est donc pas de lutter contre la hausse des arrêts maladies, de baisser le taux de remboursement des médicaments et des honoraires des médecins, mais de procurer un emploi sécurisé et stable aux 7 millions d’actifs sans emploi.

Quelles sont les conséquences du chômage sur le budget de l’État ?

Le chômage de masse n’a pas que des conséquences politiques et sociales, il a également des répercussions sur le budget de l’État. Afin d’en calculer le coût, il est nécessaire de prendre en compte les coûts directs et indirects du chômage.

  • Quels sont les coûts directs du chômage ?

Les coûts directs comprennent la hausse des dépenses des Assedic, la baisse des cotisations à l’Urssaf et aux caisses de retraite, ainsi que les pertes de recettes fiscales de l’État et des collectivités locales. À ce chiffre, il faut ajouter le manque à gagner de 15 milliards € dus aux minima sociaux et aux allégements de charges patronales pour l’embauche de chômeurs de longues durées et d’allocataires du RMI. En France, les coûts directs du chômage sont estimés à 6 % du PIB. En 2013, le total des recettes nettes du budget général de la France était de 312 milliards €[8] et le PIB était de 2 113 milliards €[9]. Si le coût direct du chômage représentait 6 % du PIB, il correspondrait à 126 milliards €, soit 40,6 % des recettes fiscales de l’État.

  • Quels sont les coûts indirects du chômage ?

Les coûts directs ne prennent pas en compte les coûts indirects liés aux conséquences sociales du chômage. En effet, l’augmentation des maladies liées au chômage, ainsi qu’au stress et à la peur de perdre son emploi provoque une explosion des dépenses de santé qui creuse le déficit de la caisse d’assurance maladie. L’augmentation de la petite délinquance due au chômage provoque la hausse des dépenses liées à la sécurité et à la justice. En engorgeant les tribunaux, l’accroissement des infractions et des petits délits contribue à augmenter les coûts de fonctionnement de l’appareil judiciaire. Le surpeuplement des prisons pour petits délits oblige le gouvernement à en construire de nouvelles. Selon une étude canadienne[10], si le taux de chômage atteignait 10,4 % de la population, son coût indirect évoluerait entre 5 % et 12 % du PIB. S’il atteint 12 %, ce coût représenterait 253 milliards €, soit 81 % des recettes de l’État.

Étant donné qu’elle provoque la baisse des recettes fiscales et la hausse des dépenses publiques, la hausse du chômage contribue directement et indirectement à l’augmentation de la dette publique de l’État. En 1998, Jacques Nikonoff[11] évaluait le cumul des coûts directs et indirects du chômage à 13 % du PIB. Ces chiffres ont été contestés par les pouvoirs publics, car en 2013, ces coûts auraient représenté 274 milliards €, soit 88 % des recettes fiscales de l’État. En effet, pour réparer les dégâts provoqués par la hausse du chômage, le gouvernement doit augmenter le budget du ministère du Travail et de l’Emploi, des affaires sociales, de la santé, de la justice et de l’intérieur. En alourdissant le budget de ses différents ministères, la hausse du chômage contribue à creuser la dette publique sans apporter de bien-être supplémentaire. L’augmentation de la dette publique n’est donc pas due à la mauvaise gestion de l’État, mais à la hausse des dépenses consécutives à la hausse du chômage.

Au lieu de proposer des solutions capables d’en finir avec le chômage, la principale préoccupation des gouvernements français et européens (Italie, Espagne, Grèce, etc.), de la commission européenne, du FMI, des agences de notation (Modys, Standar & Poor, etc.), etc., est de réduire la dette publique des États. Pour la réduire, les mesures préconisées par la commission européenne et le FMI comprennent entre autres : l’augmentation de l’âge du départ à la retraite, la baisse du montant des retraites, la suppression d’emplois publics, la baisse du salaire minimum, la stagnation ou la baisse du salaire des fonctionnaires, la réduction du budget de la sécurité sociale et la privatisation des services publics (santé, transport, éducation, poste, eau, énergie, etc.). Le cas de la Grèce met en évidence l’incohérence de cette stratégie. Le plan d’austérité provoque une récession économique dont les conséquences sont une hausse du chômage et une baisse des entrées fiscales, qui se traduisent par une augmentation de la dette publique.

Par conséquent, ce n’est pas les restrictions budgétaires, mais la suppression du chômage qui est la stratégie la plus efficace pour réduire la dette publique. Avant de proposer des solutions pour enrayer la hausse du chômage, il apparaît pertinent d’en comprendre les causes.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– Quelles sont les causes du chômage ?

 

[1] Paugam Serge, Famille et vie conjugale, Précarité et risque d’exclusion en France, Document du CERC, Paris, La Documentation française, 1993, n° 109, d’après l’enquête Situations défavorisées 1986-1987 (INSEE).

[2] Chauvel Louis, « L’uniformité du taux de suicide masculin selon l’age : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue française de sociologie, n°38, 1997.

[3] Jin R. L, C. P. Shah et T. J. Svoboda, « The health impact of unemployment : a review of the evidence », Social Science & Medicine, Volume 56, 1995, Pages 973-985.

[4] Lagrave Michel, Les difficultés d’évaluation du coût du chômage, Paris, Economica, 1982

[5] Lagrave Michel : Op.Cit.

[6] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Ed du Seuil, 1998.

[7] Professeur Cary L. Cooper, Paula Liukkanen et Dr Susan Cartrwight, stress prevention in the workplace : Assessing the costs and benefits to organizations, 1996, Dublin, Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

[8] Ministère de l’économie et des finances, (consulté le 14 mars 2015), les chiffres clés, 2013 projet de loi de finance, projet de loi de programmation des finances publique 2017, [En ligne]. Adresse URL : http://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-finances-2013-plf-chiffres-cles.pdf

[9] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Comptes nationaux – Base 2010

[10] Bédard Marcel, « Les coûts économiques et sociaux du chômage », Bulletin de la recherche appliquée, été-automne 1996.

[11] Nikonoff Jacques, « Des chiffres sur le coût du chômage qui font peur », L’Humanité, mardi 3 mars 1998, pages 53.